
Que vérifier et que changer quand la fatigue persiste ?
Table des matières
Dans la première partie, nous avons vu qu’une même fatigue pouvait avoir des origines très différentes. Chercher « le » complément qui redonnera de l’énergie fonctionne donc rarement : la réponse dépend de ce qui entretient réellement les symptômes.
Aucune prise de sang ne mesure directement la fatigue. Distinguez d’abord envie de dormir, faiblesse, baisse d’endurance et difficulté à réfléchir. Situez aussi son apparition : réveil, repas, effort, infection, nouveau traitement, règles plus abondantes ou hausse de l’entraînement.
Pendant une à deux semaines, notez sommeil, repas, caféine, activité, médicaments et symptômes : leur évolution peut révéler un schéma invisible sur un résultat isolé.
Chez une personne ayant un TDAH ou étant autiste, intégrez également la surcharge exécutive, sensorielle et sociale, le camouflage et les troubles du sommeil associés. Cette charge peut épuiser sans anomalie biologique spécifique.
Les biomarqueurs ne mesurent pas la fatigue : ils recherchent certains mécanismes capables de la provoquer ou de l’entretenir. C’est leur lecture croisée avec les symptômes qui les rend utiles.
Le fer permet à l’hémoglobine de transporter l’oxygène, mais il est aussi nécessaire à la myoglobine et à des enzymes du métabolisme énergétique, notamment dans les mitochondries, ce qui explique pourquoi des réserves insuffisantes peuvent altérer l'endurance et la récupération avant même l'apparition d'une anémie. La ferritine estime les réserves ; la transferrine et sa saturation, le fer disponible ; la NFS, son éventuel retentissement sur les globules rouges. La CRP complète cette lecture, car l’inflammation peut augmenter la ferritine et masquer un déficit. Si celui-ci est confirmé, il faut aussi en rechercher la cause.
Les hormones thyroïdiennes règlent de nombreuses réactions métaboliques ainsi que la thermorégulation et les fonctions cardiaque, musculaire et cérébrale. Une activité insuffisante peut ainsi associer fatigue, frilosité, constipation ou ralentissement cognitif. La TSH reflète le signal de l’hypophyse et la T4 libre la principale hormone produite par la thyroïde. Selon le contexte, la T3 libre complète cette lecture et les anticorps anti-TPO recherchent une thyroïdite auto-immune. Les symptômes restant peu spécifiques, les résultats doivent être interprétés ensemble.
Le glucose alimente notamment le cerveau et les muscles ; l’insuline facilite son utilisation par les tissus. Lorsque ceux-ci deviennent moins sensibles à son action, le pancréas peut d’abord sécréter davantage d’insuline pour maintenir une glycémie normale. Cette compensation peut précéder l’élévation de la glycémie à jeun ou de l’HbA1c : l’insulinémie à jeun et l’indice HOMA-IR apportent alors une information complémentaire. Une fatigue après le repas peut inviter à explorer cet axe, sans démontrer à elle seule une insulinorésistance.
Pendant une réponse inflammatoire, certaines cytokines modifient le sommeil, la motivation et la perception de l’effort : elles participent à l’abattement ressenti pendant une infection. La hs-CRP ne mesure pas ces cytokines ni la cause de la fatigue ; elle signale une possible réponse inflammatoire systémique de faible intensité. Une élévation persistante conduit à en chercher l’origine et aide aussi à interpréter la ferritine. Une valeur normale n’exclut toutefois ni inflammation localisée ni fatigue post-infectieuse. À l'inverse, une valeur élevée dans les 24 à 72 heures suivant un effort intense peut refléter une réponse aiguë normale à l'exercice plutôt qu'une inflammation chronique.
Le cortisol participe à la vigilance, à la pression artérielle et à la mobilisation du glucose. Il augmente normalement autour du réveil, puis diminue au cours de la journée. Le Cortisol Awakening Response, ou CAR, mesure cette hausse matinale, dans les 20 à 30 minutes suivant le réveil, par plusieurs prélèvements salivaires. Une réponse aplatie ou un taux restant élevé le soir peut être rapproché du sommeil, du stress et des horaires.
Parmi les micronutriments, la vitamine B12 et les folates sont indispensables à la production des globules rouges ; la B12 participe aussi au fonctionnement neurologique. Leur déficit peut ainsi provoquer fatigue et troubles cognitifs, avec ou sans anémie. Un déficit marqué en vitamine D peut favoriser faiblesse et douleurs musculaires. Le magnésium intervient dans de nombreuses réactions enzymatiques, l’utilisation de l’ATP et la fonction neuromusculaire.
Les reins maintiennent l’équilibre électrolytique, éliminent des déchets et produisent l’érythropoïétine nécessaire aux globules rouges ; le foie participe au stockage du glucose et au métabolisme des nutriments. Créatinine, DFG estimé, électrolytes, transaminases et GGT recherchent une altération de ces fonctions susceptible de réduire l’énergie ou l’endurance.
Une exposition importante à certains métaux lourds peut également contribuer à la fatigue. La piste est surtout pertinente face à une exposition professionnelle ou à certaines sources domestiques, rénovation d’un logement ancien, consommation élevée de poissons prédateurs.
Un bilan standard normal ne signifie pas que la fatigue n’est pas réelle : l’approche Lucis élargit l’analyse à des marqueurs complémentaires et à des cibles fonctionnelles afin de rechercher des déséquilibres que les examens de première intention peuvent ne pas mettre en évidence. Ces cibles restent des repères d’optimisation, pas des seuils diagnostiques.
Fixez une heure de lever relativement stable, y compris le week-end, et exposez-vous à la lumière naturelle le matin. Ces deux signaux stabilisent le rythme veille-sommeil.
La caféine bloque les récepteurs de l’adénosine, dont l’accumulation participe à la pression de sommeil. Son élimination étant lente, elle peut altérer le sommeil après la disparition de son effet stimulant. Testez un arrêt huit à neuf heures avant le coucher et plus tôt si vous y êtes sensible.
L'alcool peut faciliter l'endormissement, mais il perturbe l'architecture du sommeil : il favorise d'abord le sommeil profond tout en supprimant le sommeil paradoxal, puis provoque, lors de sa métabolisation en deuxième partie de nuit, des réveils fréquents et un sommeil moins réparateur. Il peut aussi aggraver les troubles respiratoires du sommeil.
Si vous ronflez fortement, que des pauses respiratoires ont été observées, que vous vous réveillez avec une sensation de suffocation ou luttez contre le sommeil dans la journée, les seules règles d’hygiène de vie ne suffisent pas : une apnée du sommeil doit être recherchée. En effet cette pathologie est fréquente mais largement sous-diagnostiquée.
Une alimentation « saine » peut rester insuffisante si l’activité augmente sans adaptation des portions. Chez les personnes actives, récupération dégradée, baisse des performances, blessures répétées ou perturbations du cycle peuvent signaler une faible disponibilité énergétique.
Concrètement, associez à chaque repas une source de protéines, des féculents adaptés à votre activité, des légumes et des matières grasses. Les jours d’entraînement, ne supprimez pas systématiquement les glucides : augmentez leur portion autour de la séance si l’énergie ou la récupération diminue.
Adaptez également l’hydratation à la soif, à la chaleur et aux pertes liées à l’entraînement.
Associez les sources végétales de fer, légumineuses, tofu, céréales complètes, à de la vitamine C. Éloignez les produits laitiers mais aussi le thé et le café d’une à deux heures des repas riches en fer ou de la supplémentation : leurs polyphénols en réduisent l’absorption.
Les personnes végétaliennes ont besoin d’une source fiable de vitamine B12 ; certaines maladies digestives et certains médicaments peuvent aussi en altérer l’absorption.
Lorsqu’une carence est importante, l’alimentation seule ne suffit pas toujours : la supplémentation doit être adaptée, puis son effet contrôlé. Le fer ne doit pas être pris sans vérifier le statut.
Certains antihistaminiques, anxiolytiques, antalgiques, antidépresseurs, myorelaxants ou traitements cardiovasculaires peuvent provoquer somnolence ou baisse d’énergie, notamment après une augmentation de dose.
Notez médicaments et compléments, dose et horaire, puis cherchez une concordance avec le début de la fatigue. N’interrompez pas seul un traitement : discutez avec le prescripteur de l’horaire, de la dose ou d’une alternative.
Si vous êtes sédentaire, interrompez les longues périodes assises, marchez régulièrement et introduisez progressivement du renforcement musculaire.
Si vous vous entraînez beaucoup et que sommeil, performances ou récupération se dégradent, réduisez temporairement la charge et vérifiez que vos apports couvrent les dépenses.
Une aggravation importante et prolongée après une activité légère, parfois le lendemain, diffère d’une fatigue normale d’entraînement. Notamment après une infection, elle justifie un avis médical avant d’augmenter l’activité.
Fixez une heure pour fermer les mails, coupez les notifications et notez les tâches du lendemain pour ne pas continuer à les organiser au lit.
Pendant l’heure précédant le coucher, diminuez la lumière et remplacez si possible les écrans par une activité calme : lumière vive et contenus stimulants retardent souvent le coucher.
Chez les personnes neurodivergentes, prévoir chaque jour un temps avec moins de bruit, d’interactions et de décisions peut être aussi important que le repos physique.
Au-delà d’une note sur 10, suivez l’heure d’apparition, le lever, la concentration, la fatigue après les repas et la récupération entre les séances.
Si la fatigue persiste, s’aggrave ou limite le quotidien, poursuivez l’exploration : une prise de sang ne détecte ni apnée du sommeil, ni arythmie intermittente, ni effet médicamenteux, dépression ou malaise post-effort.
L’objectif n’est pas d’obtenir des résultats parfaits, mais de relier les symptômes, le contexte et les données mesurables afin d’agir sur les facteurs réellement présents.
Découvrez Lucis et explorez les facteurs susceptibles de contribuer à votre fatigue.
Découvrez notre dernier épisode de podcast, dans lequel Anaïs Gautron et Davis d’Hont explorent les causes les plus courantes de la fatigue chronique.
Al-Naseem A, Sallam A, Choudhury S, Thachil J. Iron deficiency without anaemia: a diagnosis that matters. Clinical Medicine. 2021;21(2):107–113. doi:10.7861/clinmed.2020-0582.
Bateman L, Bested AC, Bonilla HF, et al. Myalgic encephalomyelitis/chronic fatigue syndrome: Essentials of diagnosis and management. Mayo Clinic Proceedings. 2021;96(11):2861–2878. doi:10.1016/j.mayocp.2021.07.004.
de Baaij JHF, Hoenderop JGJ, Bindels RJM. Magnesium in man: Implications for health and disease. Physiological Reviews. 2015;95(1):1–46. doi:10.1152/physrev.00012.2014.
Ebrahim IO, Shapiro CM, Williams AJ, Fenwick PB. Alcohol and sleep I: Effects on normal sleep. Alcoholism: Clinical and Experimental Research. 2013;37(4):539–549. doi:10.1111/acer.12006.
Gardiner C, Weakley J, Burke LM, et al. The effect of caffeine on subsequent sleep: A systematic review and meta-analysis. Sleep Medicine Reviews. 2023;69:101764. doi:10.1016/j.smrv.2023.101764.
Green R, Allen LH, Bjørke-Monsen AL, et al. Vitamin B12 deficiency. Nature Reviews Disease Primers. 2017;3:17040. doi:10.1038/nrdp.2017.40.
Houston BL, Hurrie D, Graham J, et al. Efficacy of iron supplementation on fatigue and physical capacity in non-anaemic iron-deficient adults: A systematic review of randomised controlled trials. BMJ Open. 2018;8. doi:10.1136/bmjopen-2017-019240.
Karshikoff B, Sundelin T, Lasselin J. Role of inflammation in human fatigue: Relevance of multidimensional assessments and potential neuronal mechanisms. Frontiers in Immunology. 2017;8:21. doi:10.3389/fimmu.2017.00021.
Latimer KM, Gunther A, Kopec M. Fatigue in adults: Evaluation and management. American Family Physician. 2023;108(1):58–69.
Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM, et al. 2023 International Olympic Committee’s consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). British Journal of Sports Medicine. 2023;57:1073–1097. doi:10.1136/bjsports-2023-106994.
National Institute for Health and Care Excellence. Myalgic encephalomyelitis (or encephalopathy)/chronic fatigue syndrome: diagnosis and management. NG206. 2021.
Stalder T, Oster H, Abelson JL, Huthsteiner K, Klucken T, Clow A. The cortisol awakening response: Regulation and functional significance. Endocrine Reviews. 2025;46(1):43–59. doi:10.1210/endrev/bnae024.
Zajac L, Johnson SA, Hauptman M. Doc, can you test me for “toxic metals”? Challenges of testing for toxicants in patients with environmental concerns. Current Problems in Pediatric and Adolescent Health Care. 2020;50(2):100762. doi:10.1016/j.cppeds.2020.100762.
Ce contenu est informatif et ne constitue ni un avis médical, ni un diagnostic, ni une prescription. Les cibles fonctionnelles Lucis ne sont pas des seuils diagnostiques. Une fatigue persistante, inhabituelle ou invalidante doit être discutée avec un professionnel de santé. Une évaluation rapide est nécessaire en cas de douleur thoracique, difficulté respiratoire, malaise, confusion, signes neurologiques, saignements importants ou altération rapide de l’état général.
Écrit par Anaïs
Nouveaux articles sur les biomarqueurs, la performance et le bien-être. Sans bruit, juste du fond.