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Les polluants de l'eau 1/2 : ce que l'on peut retrouver dans notre eau
Environnement

Les polluants de l'eau 1/2 : ce que l'on peut retrouver dans notre eau

PFAS, pesticides, métaux : ce que l'on trouve vraiment dans notre eau.

Anaïs4 septembre 202611 min de lecture

📌 Cet article est la partie 1 de notre série sur les polluants de l'eau. La partie 2 est disponible : Les polluants de l'eau 2/2 : quelle eau boire et comment la filtrer ? →

Des PFAS dans l'eau. Des pesticides dans l'alimentation. Des phtalates dans certains plastiques. Des métaux dans les sols, les canalisations ou certains aliments. Des microplastiques dans l'eau en bouteille, l'air ou la nourriture.

Les polluants environnementaux sont partout autour de nous. Mais quels sont réellement leurs effets ?

Quand on parle de « toxines », on regroupe en réalité des substances très différentes : PFAS, pesticides, bisphénols, phtalates, métaux, micro- et nanoplastiques ou encore certains sous-produits industriels.

Certaines peuvent perturber notre système hormonal. D'autres agissent sur le système nerveux, les reins, le foie ou l'immunité.

L'eau est un excellent point de départ parce que nous en consommons chaque jour. Elle illustre aussi quelque chose de plus large : ce que nous produisons, utilisons ou rejetons peut circuler entre les sols, les eaux, l'air, les aliments et, finalement, nos organismes.

Cet article s'attache à comprendre les principales familles de polluants que l'on peut retrouver dans l'eau, d'où elles viennent et ce que nous savons de leurs effets sur la santé.

D'abord : que veut vraiment dire « eau potable » ?

En France, l'eau du robinet fait l'objet d'un contrôle sanitaire régulier. Une eau déclarée potable doit respecter des exigences microbiologiques et chimiques ainsi que des limites de qualité définies pour différents contaminants.

Mais une nuance est essentielle :

conforme ne signifie pas exempte de tout polluant.

Une substance peut être présente sous sa limite réglementaire et l'eau rester conforme.

Et surtout, nous ne recherchons pas tout ce qui pourrait potentiellement se trouver dans l'eau.

C'est particulièrement visible avec les PFAS : depuis janvier 2026, la surveillance réglementaire française impose la mesure d'une somme de 20 PFAS, avec une limite de qualité fixée pour cette somme. Or la famille des PFAS comprend des milliers de substances.

Détecter une substance ne signifie pas automatiquement qu'elle représente un danger à la concentration retrouvée.

Mais les seuils réglementaires ne peuvent pas non plus résumer toute la complexité de notre exposition : durée, fréquence, persistance de certaines substances, périodes de vulnérabilité et exposition simultanée à plusieurs composés entrent également en jeu.

La vraie question devient alors : quels contaminants peut-on retrouver dans l'eau, d'où viennent-ils et que savons-nous de leurs effets ?

Les principaux contaminants retrouvés dans l'eau

Les différentes familles de contaminants n'ont ni les mêmes sources, ni les mêmes mécanismes, ni le même niveau de preuve concernant leurs effets sur la santé.

| Polluant / famille | Comment arrive-t-il dans l'eau ? | Principaux risques étudiés | | --- | --- | --- | | PFAS | Activités industrielles, mousses anti-incendie, déchets, certains usages agricoles et produits contenant des PFAS ; contamination durable des sols et nappes | Pour certains PFAS : augmentation du cholestérol, modification des enzymes hépatiques, diminution de la réponse immunitaire à certains vaccins, hypertension pendant la grossesse, diminution modeste du poids de naissance ; PFOA associé aux cancers du rein et du testicule | | Pesticides et métabolites | Ruissellement et infiltration depuis les zones agricoles ; les métabolites sont les molécules formées lorsque le pesticide se transforme dans l'environnement | Variables selon la substance : effets neurologiques, endocriniens, reproductifs ou cancérogènes documentés pour certaines molécules, particulièrement à des niveaux d'exposition élevés ou professionnels | | Nitrates / nitrites | Engrais et effluents d'élevage contaminant nappes et eaux de surface | À fortes concentrations, risque notamment de méthémoglobinémie chez le nourrisson de moins de 6 mois | | Plomb | Principalement certaines canalisations, branchements ou installations de plomberie anciennes | Neurotoxicité, particulièrement chez l'enfant ; effets rénaux et cardiovasculaires lors d'expositions chroniques | | Sous-produits de désinfection | Réaction entre les désinfectants utilisés pour sécuriser l'eau et certaines matières naturellement présentes | Certains composés sont surveillés pour leurs effets chroniques potentiels ; la désinfection reste indispensable pour prévenir les risques microbiologiques | | Perchlorates | Certaines contaminations industrielles ou historiques, notamment liées aux explosifs et munitions | Peuvent inhiber l'utilisation de l'iode par la thyroïde et perturber la synthèse des hormones thyroïdiennes | | Micro- et nanoplastiques | Pollution environnementale, procédés de traitement, réseaux et conditionnement | Effets cardiovasculaires, inflammatoires, oxydatifs et cellulaires étudiés ; conséquences cliniques d'une exposition quotidienne encore incomplètement comprises |

Pourquoi les PFAS méritent une attention particulière

Parmi tous ces contaminants, les PFAS occupent une place particulière lorsqu'on parle d'eau.

Les substances per- et polyfluoroalkylées constituent une immense famille de molécules utilisées depuis plusieurs décennies pour rendre des matériaux résistants à l'eau, aux graisses, aux taches ou à la chaleur.

On les a retrouvées ou utilisées dans certains textiles imperméables, emballages alimentaires, revêtements, produits cosmétiques, mousses anti-incendie ou procédés industriels.

Le problème est leur extrême persistance.

Une fois rejetés dans l'environnement, certains PFAS se dégradent très lentement et peuvent contaminer les sols, les eaux souterraines et de surface, puis la chaîne alimentaire. Certains PFAS ont une demi-vie dans l'organisme de l'ordre de 3 à 5 ans.

C'est ce qui leur vaut le surnom de « polluants éternels ».

Et contrairement à certains contaminants pour lesquels l'eau représente une source relativement secondaire, l'ingestion d'eau et d'aliments constitue une voie majeure d'exposition aux PFAS. Dans les territoires où l'eau potable est contaminée, l'eau peut même devenir la principale source d'exposition.

Cela explique pourquoi leur surveillance dans l'eau est devenue un enjeu majeur de santé publique.

Un exemple particulièrement parlant est le TFA, ou acide trifluoroacétique. Lors de la campagne nationale menée par l'ANSES entre 2023 et 2025, il a été détecté dans 92 % des échantillons d'eau brute et d'eau distribuée analysés.

Ce chiffre ne signifie évidemment pas que 92 % des eaux françaises présentent un risque sanitaire.

Il montre en revanche à quel point certains composés fluorés sont aujourd'hui largement diffusés dans le cycle de l'eau.

Et quels sont leurs effets sur la santé ?

Pour plusieurs d'entre eux, une exposition plus élevée a été associée à une augmentation du LDL cholestérol, à des modifications des enzymes hépatiques et à une diminution de la réponse en anticorps après certaines vaccinations, en particulier chez l'enfant.

Pendant la grossesse, des concentrations plus élevées de certains PFAS ont également été associées à davantage d'hypertension gestationnelle ou de prééclampsie.

Concernant le cancer, en 2023, le Centre international de recherche sur le cancer a classé le PFOA comme cancérogène pour l'être humain et le PFOS comme peut-être cancérogène. Pour le PFOA, les données humaines concernent notamment le cancer du rein et du testicule.

C'est pourquoi leur présence dans l'eau mérite une attention particulière : certaines de ces substances sont persistantes, l'exposition peut être quotidienne et les effets de plusieurs PFAS sont désormais documentés chez l'humain.

Qu'en est-il des bouteilles d'eau ?

On pourrait penser qu'une eau en bouteille est automatiquement plus sûre qu'une eau du robinet.

Ce n'est pas si simple.

Une eau embouteillée provient elle aussi d'une ressource naturelle qui peut être exposée à certains contaminants environnementaux. Eau de source, eau minérale naturelle et eau rendue potable par traitement correspondent d'ailleurs à des catégories différentes, soumises à des règles différentes.

À cela s'ajoute la question du contenant.

Une étude publiée en 2024 utilisant une technique capable de détecter des particules extrêmement petites a estimé à environ 240 000 le nombre moyen de particules micro- et nanoplastiques par litre dans trois marques américaines d'eau en bouteille analysées, dont la majorité étaient des nanoplastiques.

Cette étude ne permet pas d'extrapoler ce chiffre à toutes les eaux en bouteille et ne démontre pas que ces particules provoquent un effet clinique à ces concentrations.

Elle rappelle simplement une chose importante :

eau en bouteille ne signifie pas automatiquement eau de meilleure qualité.

Est-ce que « la dose fait le poison » ?

Oui, la dose reste fondamentale en toxicologie.

Mais elle ne suffit pas à elle seule à décrire notre exposition environnementale.

Une exposition importante et ponctuelle n'est pas équivalente à une petite quantité absorbée quotidiennement pendant des années.

La durée et la fréquence comptent.

La persistance compte également : certains composés sont rapidement éliminés, tandis que certains PFAS peuvent demeurer plusieurs années dans l'organisme.

Le moment de l'exposition peut aussi avoir son importance. La grossesse, le développement fœtal et l'enfance constituent par exemple des périodes particulièrement surveillées pour différents contaminants.

Enfin, nous ne sommes jamais exposés à une seule molécule isolée.

Notre eau peut contenir plusieurs substances tandis que nous sommes parallèlement exposés à d'autres composés via l'alimentation, l'air ou notre environnement quotidien.

Plusieurs substances peuvent alors agir simultanément sur des mécanismes biologiques similaires ou différents : c'est ce que l'on appelle communément l'effet cocktail.

La recherche cherche de plus en plus à étudier ces expositions chroniques et cumulées, plutôt que de regarder uniquement les intoxications aiguës provoquées par de fortes doses.

L'objectif n'est donc pas de considérer chaque molécule détectée comme dangereuse ni de chercher à atteindre une exposition zéro.

Il est de comprendre quelles sources contribuent réellement à notre exposition et lesquelles nous pouvons raisonnablement réduire.

Ce que couvre la partie 2

Maintenant que nous savons ce que l'eau peut contenir, reste la question : que peut-on réellement faire ?

La partie 2 regarde comment connaître la qualité de l'eau distribuée chez vous et compare les principaux systèmes de filtration pour comprendre ce qu'ils retirent réellement, leurs limites et comment choisir une solution adaptée à son eau plutôt qu'à une promesse marketing.

Elle aborde aussi ce qu'il faut penser des eaux en bouteille, quand un test de son eau peut être pertinent et pourquoi le choix d'un filtre dépend d'abord de ce que l'on cherche à éliminer.

Parce que comprendre notre exposition environnementale ne devrait pas nous rendre anxieux face à tout ce qui nous entoure.

Cela devrait nous permettre de mieux identifier les expositions sur lesquelles nous avons réellement une marge de manœuvre.

Objectiver son exposition

Lucis peut aussi vous aider à objectiver une partie de votre exposition.

Notre Analyse Toxicologie Environnementale mesure dans le sang trois métaux toxiques : plomb, mercure et cadmium.

L'objectif est de disposer de données concrètes pour identifier une exposition anormalement élevée et surtout chercher d'où elle peut provenir : alimentation, tabac, environnement, logement ou exposition professionnelle.

Mesurer n'est que le point de départ. L'intérêt est de savoir quoi faire de ces données, et Lucis vous accompagne de la mesure jusqu'aux actions concrètes.

Ressources scientifiques

  1. Barry V, Winquist A, Steenland K. Perfluorooctanoic acid (PFOA) exposures and incident cancers among adults living near a chemical plant. Environmental Health Perspectives. 2013;121(11-12):1313-1318. doi:10.1289/ehp.1306615

  2. Caporale N, Leemans M, Birgersson L, et al. From cohorts to molecules: adverse impacts of endocrine disrupting mixtures. Science. 2022;375(6582):eabe8244. doi:10.1126/science.abe8244

  3. Costello E, Rock S, Stratakis N, et al. Exposure to per- and polyfluoroalkyl substances and markers of liver injury: a systematic review and meta-analysis. Environmental Health Perspectives. 2022;130(4):046001. doi:10.1289/EHP10092

  4. Fenton SE, Ducatman A, Boobis A, et al. Per- and polyfluoroalkyl substance toxicity and human health review: current state of knowledge and strategies for informing future research. Environmental Toxicology and Chemistry. 2021;40(3):606-630. doi:10.1002/etc.4890

  5. Gao X, Ni W, Zhu S, et al. Per- and polyfluoroalkyl substances exposure during pregnancy and adverse pregnancy and birth outcomes: a systematic review and meta-analysis. Environmental Research. 2021;201:111632. doi:10.1016/j.envres.2021.111632

  6. Goodrich JA, Walker D, Lin X, et al. Exposure to perfluoroalkyl substances and risk of hepatocellular carcinoma in a multiethnic cohort. JHEP Reports. 2022;4(10):100550. doi:10.1016/j.jhepr.2022.100550

  7. Grandjean P, Andersen EW, Budtz-Jørgensen E, et al. Serum vaccine antibody concentrations in children exposed to perfluorinated compounds. JAMA. 2012;307(4):391-397. doi:10.1001/jama.2011.2034

  8. Gui SY, Qiao JC, Xu KX, et al. Association between per- and polyfluoroalkyl substances exposure and risk of diabetes: a systematic review and meta-analysis. Journal of Exposure Science & Environmental Epidemiology. 2023;33(1):40-55. doi:10.1038/s41370-022-00464-3

  9. Marfella R, Prattichizzo F, Sardu C, et al. Microplastics and nanoplastics in atheromas and cardiovascular events. New England Journal of Medicine. 2024;390:900-910. doi:10.1056/NEJMoa2309822

  10. Marks KJ, Howards PP, Smarr MM, et al. Prenatal exposure to mixtures of persistent endocrine-disrupting chemicals and birth size in a population-based cohort of British girls. Epidemiology. 2021;32(4):573-582. doi:10.1097/EDE.0000000000001351

  11. Park SK, Wang X, Ding N, et al. Per- and polyfluoroalkyl substances and incident diabetes in midlife women: the Study of Women's Health Across the Nation (SWAN). Diabetologia. 2022;65(7):1157-1168. doi:10.1007/s00125-022-05695-5

  12. Qian N, Gao X, Lang X, et al. Rapid single-particle chemical imaging of nanoplastics by SRS microscopy. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2024;121(3):e2300582121. doi:10.1073/pnas.2300582121

  13. Winquist A, Steenland K. Modeled PFOA exposure and coronary artery disease, hypertension, and high cholesterol in community and worker cohorts. Environmental Health Perspectives. 2014;122(12):1299-1305. doi:10.1289/ehp.1307943

Sources institutionnelles :

  • ANSES Campagne nationale PFAS dans l'eau destinée à la consommation humaine, 2025.

  • ANSES Ions perchlorate : travaux et recommandations.

  • ANSES / Ministère de la Santé Pesticides dans l'eau du robinet.

  • Ministère de la Santé PFAS et eau destinée à la consommation humaine.

  • Organisation mondiale de la Santé (OMS) Lead poisoning and health.


Les informations partagées dans cet article sont fournies à titre éducatif uniquement. Elles ne remplacent pas un avis médical, un diagnostic ou une prise en charge par un professionnel de santé qualifié.

Environnement4 septembre 2026

Écrit par Anaïs

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